Mieux connaître les processus de métacognition des patients Alzheimer afin d’améliorer leur prise en charge thérapeutique

04/11/2016

De nombreux travaux antérieurs sur la mémoire chez les patients atteints de la maladie d’Alzheimer ont mis en évidence que certains processus et types de mémoires étaient altérés alors que d’autres étaient préservés, du moins dans les stades précoces de la maladie. La mémoire des épisodes récents de notre vie (mémoire épisodique) qui est supportée par des processus conscients et contrôlés est altérée alors que les connaissances générales (mémoire sémantique) sont souvent préservées car supportées par des processus plus automatiques.

 

L’équipe du Cyclotron a cherché à comparer les capacités de métacognition (activité mentale sur ses propres processus mentaux) des patients Alzheimer pour les 2 types de mémoire, à travers des tests similaires (même type de tâches demandées), ce qui n’avait jamais été fait auparavant. Le but était ensuite, si déficit il y avait, de voir quelles étaient les régions cérébrales associées via IRM.

 

Sarah Genon a présenté à des patients Alzheimer des photos de personnes en leur donnant les noms de ces personnes. Elle leur demandait ensuite un rappel immédiat du nom de la personne, jusqu’à ce qu’ils retiennent le nom. Quelques minutes plus tard, elle leur représentait la photo de la personne et leur demandait quelle était la probabilité qu’ils reconnaissent son nom: aucune chance, faibles chances, fortes chances, certitude.  Par rapport à la population de personnes âgées non atteintes de la maladie, les patients Alzheimer démontrent un taux beaucoup plus élevé de réponse « faibles chances » avant une reconnaissance pourtant correcte. En revanche, lorsque le même test est effectué avec des photos de personnes célèbres (mémoire sémantique), les patients Alzheimer ont conscience qu’ils ont de fortes chances de reconnaître la personne. Dans ce cas, ils savent qu’ils savent, c’est-à-dire que leur jugement de leur mémoire sémantique est exact. En revanche, pour des informations récemment apprises, ils ne savent pas qu’ils savent, c’est-à-dire que leur activité mentale sur leur mémoire épisodique est altérée

 

Les chercheurs ont alors examiné les images structurelles du cerveau des patients effectuées par IRM pour voir quelles régions cérébrales étaient associées et ont trouvé une corrélation avec le volume de matière grise au niveau préfrontal latéral inférieur. Cette zone serait donc impliquée lorsque l’on réfléchit sur nos propres processus mnésiques.

 

Peu d’études portant sur la métacognition (prédire sa performance avant la reconnaissance) existent. Néanmoins, une autre étude tendait à montrer une surestimation des performances chez les patients Alzheimer. Or, dans cette étude, les chercheurs arrivent à la conclusion inverse d’une sous-estimation des performances. Ils attribuent cette différence probablement au fait que puisqu’il y a eu un « entrainement » avant la tâche (présenter la photo jusqu’à ce que le patient retienne le nom), les patients ont pu se rendre compte de leurs difficultés.

 

Cette étude est donc importante pour comprendre les croyances des patients Alzheimer sur leur mémoire et pour développer des stratégies neuropsychologiques. Dans une perspective élargie, cette étude sera poursuivie pour déterminer comment les personnes Alzheimer forment leur croyances sur leur mémoire, comment améliorer la conscience qu’elles ont de leur fonctionnement au quotidien et donc pouvoir améliorer la prise en charge thérapeutique de ces patients.

 

Source

 

Cortex. 2016 Oct 1. pii: S0010-9452(16)30261-1. doi: 10.1016/j.cortex.2016.09.014.

Relating pessimistic memory predictions to Alzheimer's disease brain structure.

Genon S1, Simon J2, Bahri MA2, Collette F3, Souchay C4, Jaspar M2, Bastin C2, Salmon E5.

 

 

 

 

 

 

 

 


Sarah Genon - sarah.genon@ulg.ac.be