Le rhume exacerbe la réaction immunitaire des patients asthmatiques

01/05/2017

Liège (Belgique) – Des épisodes de rhume, causés par les rhinovirus, peuvent avoir des conséquences très lourdes chez des patients asthmatiques en provoquant une exacerbation des symptômes liés à l'asthme. Cependant, le lien entre le rhume et l'exacerbation de l'asthme reste très peu compris. Des chercheurs du GIGA de l’Université de Liège, en collaboration avec l'Imperial College à Londres, découvrent comment l'infection au rhinovirus aggrave la réaction asthmatique en induisant la libération d'ADN de l'hôte dans les voies aériennes. Cet ADN, une fois en dehors des cellules, amplifie fortement la réaction immunitaire délétère à l'origine de l'asthme. En neutralisant le processus qui mène à la libération de cet ADN, il est donc potentiellement possible de prévenir ces exacerbations sévères de l'asthme faisant suite à un simple rhume. Cette découverte est publiée dans Nature Medicine.
 
Une étude collaborative menée dans le laboratoire du Pr Sebastian Johnston (Professeur à l'Imperial College à Londres, et Directeur du centre MRC & Asthma UK in Allergic Mechanisms of Asthma) et dans celui du Dr Thomas Marichal (Chercheur qualifié au F.R.S-FNRS, GIGA-ULg) et du Pr Fabrice Bureau (Professeur ordinaire à l'ULg et investigateur Welbio - Walloon Excellence in Life Sciences and Biotechnology, GIGA-ULg) a permis d'élucider comment le virus responsable du rhume saisonnier agit sur notre système immunitaire pour promouvoir des exacerbations sévères de l'asthme chez des individus souffrant de cette maladie.
 
La première auteur de l'étude, Dr Marie Toussaint (une chercheuse belge en séjour postdoctoral dans le laboratoire du Pr Johnston), a d'abord découvert que lors d'une infection par le rhinovirus chez des individus asthmatiques, une grande quantité d'ADN du soi était rapidement libérée et détectée dans les voies aériennes de ces patients, à un endroit où il ne se trouve pas en conditions normales. Par ailleurs, plus les quantités d'ADN étaient importantes, plus les individus développaient des symptômes respiratoires sévères d'exacerbation de l'asthme. Ces données humaines suggéraient donc que l'ADN du soi pourrait être responsable de ces exacerbations.
 
Afin d'étudier en détails le rôle joué par l'ADN, Marie Toussaint a mis au point un modèle expérimental d'exacerbation de l'asthme induit par le rhinovirus chez la souris. Comme observé chez l'homme, le rhinovirus induisait une exagération de la réaction asthmatique chez la souris, mais également la libération d'ADN dans les voies aériennes. De manière surprenante, le traitement de ces souris infectées par le rhinovirus avec un composé qui dégrade l'ADN a permis de les guérir complètement des exacerbations de l'asthme ! De plus, l'injection d'ADN seul récapitule bon nombre des symptômes asthmatiques induits par le rhinovirus, ce qui démontre clairement l'implication de l'ADN du soi dans les exacerbations.
 
En conclusion, cette étude internationale identifie un rôle tout à fait nouveau et important de l'ADN du soi dans les exacerbations de l'asthme induites par le virus du rhume. Elle suggère que contrôler la libération de l'ADN dans les voies respiratoires ou accélérer son élimination représentent des options thérapeutiques potentielles pour le traitement des exacerbations virales de l'asthme.
 
 
 
Référence
 
Host DNA released by NETosis promotes rhinovirus-induced type-2 allergic asthma exacerbation
 
Marie Toussaint 1,2, David J Jackson 1–4, Dawid Swieboda 1,2, Anabel Guedán 1,2, Theodora-Dorita Tsourouktsoglou 5, Yee Man Ching 1,2, Coraline Radermecker 6,7, Heidi Makrinioti 1,2, Julia Aniscenko 1,2, Michael R Edwards 1,2, Roberto Solari 1,2, Frédéric Farnir 7,8, Venizelos Papayannopoulos 5, Fabrice Bureau 6,7,9,10, Thomas Marichal 6,7,10 & Sebastian L Johnston 1–3,10
 
1 Airway Disease Infection Section, National Heart and Lung Institute (NHLI), Imperial College London, London, UK.
2 Medical Research Council (MRC) and Asthma UK Centre in Allergic Mechanisms of Asthma, London, UK.
3 Imperial College Healthcare NHS Trust, London, UK.
4 Guy’s and St Thomas’ NHS Trust, London, UK.
5 The Francis Crick Institute, London, UK.
6 Laboratory of Cellular and Molecular Immunology, Groupe Interdisciplinaire de Génoprotéomique Appliquée (GIGA), University of Liège, Belgium.
7 Faculty of Veterinary Medicine, University of Liège, Liège, Belgium.
8 Fundamental and Applied Research for Animals & Health, University of Liège, Liège, Belgium.
9 WELBIO, Walloon Excellence in Life Sciences and Biotechnology, Wallonia, Belgium.
10 These authors jointly directed this work. Correspondence should be addressed to F.B. (fabrice.bureau@ulg.ac.be), T.M. (t.marichal@ulg.ac.be) or S.L.J. (s.johnston@imperial.ac.uk).
 
Nature Medicine, (2017); doi: 10.1038/nm.4332
http://www.nature.com/nm
http://www.nature.com/nm/journal/vaop/ncurrent/full/nm.4332.html
 


Thomas MARICHAL, DVM, PhD, Laboratory of Cellular and Molecular Immunology,
GIGA-Research, Université de Liège
Tel +32 (0) 4 366 95 55 / Mob +32 (0) 499 73 70 20 /  t.marichal@ulg.ac.be
 
Fabrice BUREAU, DVM, PhD, Laboratory of Cellular and Molecular Immunology & WELBIO,
GIGA-Research, Université de Liège
Tel +32 (0) 4 366 45 24 / Mob +32 (0) 476 37 86 74 /  fabrice.bureau@ulg.ac.be